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© aiep - 16 mai 2007 - www.clinique-transculturelle.org

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Pour citer cet article :
Mestre C. Violence d'Etat, violence institutionnelle. Bobigny : Association Internationale d'EthnoPsychanalyse ; 2007. Available from : http://www.clinique-transculturelle.org/AIEPtextesenligne_mestre_violen
ce_d_etat.htm
Violence d'Etat, violence institutionnelle
Claire MESTRE *
Les demandes d'asile ont diminué ces dernières années en France, dans des proportions très importantes (1). Que signifient ces chiffres ? Y aurait-il moins de personnes acculées à s'exiler pour fuir les persécutions et les guerres ? Ou bien la France n'est-elle plus la terre d'accueil, la patrie des droits de l'homme, qu'elle a pu être durant des siècles ?
Certains s'en réjouissent, argumentant du fait que la demande d'asile en France n'est plus une « fabrique à clandestins ». D'autres se félicitent de la diminution de l'« appel d'air » : un enfant voire un adulte bien traité, n'aurait d'urgence que d'en faire venir d'autres, de plus en plus nombreux, dans son sillage. Les obstacles (2) ont probablement découragé nombre d'hommes et de femmes à venir frapper à la porte de notre pays, mais plus encore, ils subissent l'injustice de nos institutions et de nos pratiques qui ne les mettent pas l'abri du risque de clandestinité, bien au contraire.
Il semble bien que les candidats au droit d'asile supportent les conséquences de la nouvelle politique d'immigration, dont notamment l'érection d'obstacles (3) de plus en plus difficiles à franchir et la mise en place de conditions que l'on peut qualifier d'inhospitalières. Les associations (rassemblées autour de CFDA, Coordination française pour le droit d'asile) s'en émeuvent et se scandalisent devant des situations scabreuses comme devoir faire une demande d'asile en français en un temps très court, c'est-à-dire moins d'un mois, et en français. Certaines populations sont même abandonnées comme les mineurs isolés étrangers qui errent à Calai ou à Paris sans la moindre protection administrative (4). L'accélération des procédures, compliquées et longues, la bureaucratisation menacent les personnes d'une lente déshumanisation et le terme n'est pas trop fort. Le centre de rétention comme lieu d'aboutissement de certains parcours devient un lieu caricatural d'absurdité et de non respect des personnes : d'un espace où devrait être évalué le bien fondé de la présence de l'étranger, il est devenu l'espace des humiliations, du mépris et du rejet (5).
Ce climat d'injustice et de peur a franchi les portes de nos consultations. Car les chiffres ne disent rien de la réalité des demandeurs d'asile qui accumulent nombre de difficultés. Outre celle de la procédure elle-même, qui les oblige à un parcours parsemé d'embûches, leur quotidien est plein de vexations continues, d'obligations à se justifier et de craintes. En effet, l'étranger est traqué, il subit nombre de contrôle d'identité au faciès, et est systématiquement assimilé à un menteur. Nos patients viennent souvent abattus, tremblant de peur en parlant des arrestations fréquentes pour certains, en n'osant pas évoquer un futur qu'ils pressentent comme sombre et ressemblant à une impasse. Certains se cachent, ne sortant plus à certains moments de la journée ou bien en évitant les lieux connus de passage des cars de police. Cette machine à rejeter l'étranger, fait de lui un indésirable, un précaire, le jouet de l'arbitraire et un prétendant obligatoire à une vie précaire et instable.
Suite dans le numéro de L'autre, cliniques, Culutres et Sociétés 2007 ; 8(3) "Grandir" : 323-30.
* Médecin et anthropologue, Association Mana, 86, cours d'Albret, 33000 Bordeaux, claire.mestre@chu-bordeaux.fr .
(1) Selon l'OFPRA,Office Français de Protection des Réfugiés et des Apatrides, établissement public administratif qui a la charge de la reconnaissance de la qualité de réfugié pour ceux qui la demandent, le nombre de demandeurs d'asile a diminué de près de 40% entre 2004 et 2006. Alors que le taux d'admission par l'OFPRA ne cesse de diminuer, la CRR (Commission de recours des réfugiés), organisme de recours indépendant donne de plus en plus tort aux décisions de l'OFPRA.
(2) Le premier est de pouvoir être accepté comme demandeur d'asile à nos frontières : malgré la condamnation par la Cour Européenne des droits de l'homme, la France continue à refouler des étrangers formulant cette demande.
(3) Sans être exhaustif, je ne mentionnerai que les procédures dites prioritaires qui se passent de l'écoute du demandeur d'asile, ou bien l'utilisation de la notion de « pays sûr » qui légitime le rejet de la demande si le requérant vient d'un pays ainsi considéré.
(4) Voir à ce propos la « Lettre ouverte sur les mineurs étrangers isolés » d'un collectif (dont le GISTI (Groupe d'information et de soutien des immigrés) et le RESF (Réseau Education sans frontière) pour ne citer que les plus connus) dans le Journal du droit des jeunes, N°263, mars 2007.
(5) Des témoignages existent. Ezra Nahmad, Président de la CIMADE en Ile de France (association présente dans les centres de rétention) a témoigné lors du colloque du Centre Primo Levi du 30 et 31 mars 2007. Plus près de nous dans nos institutions, il suffit de parler avec les soignants qui y travaillent.
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