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Pour citer cet article :
Hoffet ME. Compte-rendu de la conférence de Anne ATTANE du 9 décembre 2005 sur « Cérémonie de naissance dans le Nord Ouest du Burkina Faso ». Bobigny : Association Internationale d’EthnoPsychanalyse ; 2006. Available from : http://www.clinique-transculturelle.org/AIEPtextesenligne_hoffet_
seminaire.htm


Compte-rendu de la conférence de Anne ATTANE du 9 décembre 2005 (1) sur « Cérémonie de naissance dans le Nord Ouest du Burkina Faso »

Marie-Eve HOFFET *


Anne Attané nous a présenté le 9/12/2005 « Cérémonies de naissance dans le Nord Ouest du Burkina Faso ». Cette conférence fait suite à une conférence qu’elle a donnée l’année dernière sur le mariage et qui s’intitulait : « le don, gage d’amour » ?

Anne Attané étudie plus particulièrement dans ces deux événements qui instituent la famille les évolutions des cérémonies traditionnelles chez les Mossis.
Elle a étudié les Mossis d’une ville rurale, la 4ème ville du pays qui vit de la culture maraîchère. La société sur le plan religieux est majoritairement musulmane depuis plusieurs siècles. Deux moments importants ont fait évoluer les traditions.

- La colonisation qui a amené le christianisme si bien qu’aujourd’hui il y a 11% de catholiques et 3% d’évangélistes pour 85% de musulmans. L’animisme était en arrière fond de toutes ces religions jusqu’à très récemment. De nombreuses coutumes étaient préservées autour des événements comme la naissance, le mariage et la mort.

- L’indépendance du pays vers les années 1970. Cette indépendance a amené une perte progressive des pratiques traditionnelles en dehors de circonstances particulières comme l’enterrement d’un « ancien » important pour la communauté.

Pourtant on constate que d’autres rituels se sont développés et c’est ceux là qui seront étudiés.
Les traditions autour du mariage comme nous le savons depuis Lévi-Strauss concernent l’échange des femmes et donc les liens entre familles différentes. Il s’agit d’alliance entre familles.
La naissance concerne la préservation de la lignée et la place de l’enfant dans la filiation.

Ce sont les modifications des rituels concernant ce qui est appelé du terme général de baptême qui seront donc abordés.
Pour les Mossis, toute naissance implique le retour d’un ancêtre, mais de quel ancêtre s’agit-il ?
Anne Attané nous rappelle d’abord en quoi consistaient les cérémonies traditionnelles autour de la dation du nom.
Le but en était de reconnaître l’ancêtre qui a transmis son principe vital au bébé qui vient de naître. Suit une description détaillée du rite qui se divise en deux parties : recherche du principe vital de l’enfant puis dation du nom.
 Le prénom est important car en cas de difficulté, on peut attribuer à une erreur sur le choix du prénom les difficultés d’un enfant à se développer et cela permet un recours.
Cette tradition de dation du nom intervenait donc également dans les protections demandées pour le bon développement d’un enfant.

 En ce qui concerne la filiation : l’enfant prendra le nom de famille de l’ancêtre qui lui a transmis son principe vital. Les enfants d’une même famille peuvent ne pas avoir le même nom de famille. C’est un ancêtre paternel mais cela peut être aussi une femme du côté de la lignée paternelle. L’homme ne peut revenir que dans son propre lignage ; la femme, elle, peut revenir dans son lignage ou dans celui de son mari.
Il y a des conditions pour devenir ancêtre : vivre vieux, avoir une vie exemplaire et avoir acquis un droit d’aînesse social. L’on retrouvera l’idée de cette place sociale dans les nouveaux rituels.
C’est le plus vieux de la famille, homme ou femme qui préside la cérémonie de dation du nom, mais le plus souvent une vieille tante paternelle est présente et aura une place dans le rituel.

Evolution historique

Ces rituels étaient très présents jusqu’à l’époque coloniale, puis ils se sont maintenus relativement. Depuis l’indépendance, on ne les retrouve plus guère, sauf pour les enterrements.
L’indépendance a introduit la nécessité d’un état civil pour le mariage et donc d’un nom de famille pour les enfants. Par ailleurs il faut annoncer quand on se marie si l’on décide de choisir la polygamie ou la monogamie. Les chrétiens ne peuvent être mariés religieusement qui si le mariage civil a été prononcé. Ce n’est pas cas pour les musulmans. Les nécessités de la vie moderne et citadine d’être enregistré rendent plus difficiles le maintient d’une certaine souplesse autour de la dation du nom.
Les enfants ont actuellement un nom chrétien ou musulman. Certains parents font les deux rites et ajoutent à leur enfant un prénom Mossi. A quoi ressemble un prénom Mossi ? Il teint compte de la condition sociale, des conflits parentaux, de l‘absence du père. Par exemple on peut l’appeler « Dieu est grand » si on a eu des difficultés à trouver une femme.

Le baptême tel qu’il est pratiqué actuellement. C’est un moment très festif. Antérieurement l’aspect festif passait après l’aspect rituel.
Actuellement l’aspect festif domine.
Les éléments significatifs dans les modifications de ces cérémonies :

- Les hommes et les femmes sont totalement séparés. (dans le rituel animiste, il y avait une vieille femme présente pendant le rituel). Le rite est inspiré de l’Islam. Du côté des hommes se fera la récitation des prières et la dation du nom avec sacrifice d’un agneau ou d’une chèvre si les gens sont encore animistes).

-  Du côté des femmes, on respecte les coutumes de ne pas faire de compliments à la mère ou au bébé pour ne pas attirer le mauvais œil sur l’enfant. Les femmes chantent des chants qui marquent le passage de la jeune femme à la condition de femme par la maternité.

Mais le cœur de la cérémonie ce sont les pratiques de dons et de contre dons.
On peut faire toutes sortes de dons. Mais la valeur marchande du cadeau compte.
Il y a différentes catégories de dons :

- les dons de la scène privée, ce sont les dons des proches dont le conjoint ne connaîtra pas toujours la valeur. Car les liens sont très forts et il ne serait pas bon de créer une trop grande dépendance.

- les dons de la scène semi publique

- les dons de la scène publique.

Il y a donc une grande circulation d’argent à plusieurs niveaux. Cela permet de savoir pour qui on compte le plus. Les donneurs sont enregistrés pour pouvoir leur rendre la pareille quand l’occasion se présentera.

Les conclusions qu’en tire Anne Attané sont les suivantes :

- Il y a une plus grande séparation des sexes actuellement. Les femmes ne participent pas au rituel.

- Il est important par ces cérémonies de se constituer un réseau social. La religion a sa place pour la constitution de ces réseaux, mais aussi les dons et les contre dons.

- Les dons passent par les femmes car ce sont elles qui vont révéler leur aptitude à constituer des réseaux pour l’avenir. Réseaux de solidarité et d’amitiés. Réseaux recours si la famille traverse des difficultés.

Le don reste un facteur de reconnaissance social, même si l’argent a pris une place importante. Certains métiers, indispensables pour la communauté, étaient reconnus pour leur importance : les forgerons, les fossoyeurs, etc. Maintenant le statut social passe par l’argent.

Commentaires

Il y a donc passage progressif du pouvoir des religions instituées sur les coutumes locales. Il semble que se perdent les pratiques des affiliations aux ancêtres qui prenaient sens car il s’agissait d’ancêtres reconnus de leur vivant pour leur valeur par l’ensemble de la communauté familiale. Non pas une filiation automatique mais une affiliation à quelqu’un de reconnu par tous.

La perte des liens forts d’affiliation qu’apportait la tradition risque de poser des problèmes aux jeunes générations surtout si c’est l’argent qui signe la valeur sociale.
Il est intéressant de voir que l’on peut lire éventuellement la nouvelle loi française de la possibilité donnée aux enfants de changer leur patronyme à la majorité comme la possibilité de choisir son ancêtre et sa lignée dans l’esprit de la tradition Mossi.

Quelques mots sur l’acculturation et le métissage des cultures en situations particulières :

En fait l’objet d’étude de Anne Attané c’est bien les processus d’acculturation dans un monde où la mondialisation économique prend une place de plus en plus importante. Marie Rose Moro comparait, dans la discussion, les réponses des familles migrantes. Elle nous disait que le recours en cas de difficulté n’était pas directement cherché parmi les ancêtres, mais plutôt parmi les génies. Ce qui permet aux familles de refaire leur unité plus facilement quand il y a un changement de nom.
Il y aurait comme une reprise de la tradition à un niveau plus général et symbolique qui permet de refaire l’unité des différents membres de la famille et de ne pas être dans l’assujettissement à une tradition qui ne peut apporter les solutions adaptées aux nouveaux problèmes rencontrés dans la migration. Il faut donc aussi inventer. On peut penser que les nouveaux rituels pratiqués au Burkina Fasso que Anne Attané nous a décrits, fonctionnent au mieux quand tout va bien. Mais que se passe-t-il quand il y a problème ?

En guise de conclusion, nous aimerions citer la définition de Marc Augé sur l’objet propre de l’anthropologie : « Ce n’est pas l’individu comme tel, ou le psychisme individuel, ni les grandes logiques sociales comme telles, ou les institutions, mais ce qui permet de passer de l’un à l’autre, des individus aux institutions, et qui correspond à la construction du symbolique, de la relation prise dans un système de représentation ».
Le matériel très riche et intéressant d’Anne Attané nous fait entrer dans cette tentative de construction d’un lien nouveau entre la culture de la primauté de l’économique et celle de la tradition. La nouvelle cérémonie dont on nous a parlé tente de préserver ce qui vient de la tradition en construisant de nouveaux liens dans le maintient d’un certain respect de la place de chacun. On peut penser que la reconnaissance de la place sociale que confère l’argent est rendue nécessaire car ce sont ceux qui ont de l’argent qui permettent ces grandes fêtes familiales et donc un certain maintient de la tradition. Il est relativement normal de leur conférer le droit d’aînesse social.

 

* Psychiatre des Hôpitaux. Secrétaire Générale de l’Association franco-vietnamienne Nt-Psy. E-mail : nt-psy@club-internet.fr

(1) Séminaire de psychiatrie transculturelle 2005-2006 « Féminin-Maternel » coordonné par le Professeur Marie Rose Moro.