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COLLOQUES

© aiep - 16 octobre 2006 - www.clinique-transculturelle.org


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Pour citer cet article :
Neuman D. Introduction. Bobigny : Association Internationale d'EthnoPsychanalyse ; 2006. Available from : http://www.clinique-transculturelle.org/AIEPcolloques_neuman_introduction.html

 

Introduction

Dominique NEUMAN


Ce que je souhaite vous faire entendre aujourd’hui, c’est le plaisir, la passion que j’ai encore à toutes ces rencontres, c’est mon envie intacte des échanges et des « voyages » avec nos patientes.

Cette envie me vient de loin, de mes rencontres professionnelles à Avicenne en particulier. La plus importante est sans conteste celle avec mon maître Serge Lebovici. Lui qui arrivait tardivement à Bobigny ( il avait presque 65 ans) venant d’un tout autre univers que celui de notre banlieue Nord s’est tout de suite attaché à cette population dont il ne cessait de dire la richesse et qu’il a aimé connaître et rencontrer. Il était très à l’aise dans le contact, en empathie avec tous et c’est avec lui que j’ai appris l’importance de la rencontre individuelle.
C’est aussi lui qui a fait venir à Bobigny Tobie Nathan pour y monter la consultation d’ethnopsychiatrie. C’est dans le sillage de Tobie que j’ai assisté aux premières consultations avec les patients migrants et qu’est né en moi, même si je n’en avais pas pleinement conscience à l’époque le désir de travailler moi aussi avec eux.
C’est quand je suis arrivée dans l’équipe du Pr Hugues, en assistance médicale à la procréation que tout est devenu plus évident. Face à tous ces couples en désir d’enfant, plus ou moins stériles et qui tout en se pliant complètement aux discours et aux exigences des médecins, me donnaient des explications « culturelles » à leurs difficultés, (exemples) il fallait un autre type d’écoute que celle strictement médicale qu’on leur proposait. Seule, je ne pouvais pas faire grand chose et c’est tout naturellement que je me suis tournée vers Marie Rose qui avait pris la responsabilité de la consultation d’Avicenne à la suite de Tobie Nathan et avec laquelle nous nous étions toujours promis de travailler ensemble.

Il a fallu du temps et surtout des moyens pour que nous arrivions à monter la consultation transculturelle à Jean Verdier. Il a fallu aussi que mon activité s’étende à la maternité car c’est à partir de la maternité que tout s’est mis en place grâce à Marie- Rose mais aussi avec le soutien de Michèle Uzan et du Conseil Général que je remercie vivement.

Cette maternité très technique ; centre de référence appartenant au centre hospitalier universitaire et donc avec des compétences médicales de pointe, je voudrais vous la décrire et vous la faire imaginer si vous ne la connaissez pas. Elle est pleine de couleurs, de bruits et d’odeurs différentes. Venez un matin dans la salle d’attente de la consultation et vous entrerez dans un autre univers, dans un ailleurs rempli de femmes et d’hommes aussi, même s’ils sont moins nombreux : des femmes aux boubous bariolés, quelquefois avec des enfants sur le dos, des femmes plus ou moins voilées, des femmes en sari, des femmes de toutes origines habillées à l’européenne, des hommes en costume traditionnel, en turban et que sais-je encore. Vous y entendrez parler des langues que vous aurez du mal à identifier… Je ne sais pas combien de langues différentes sont parlées par nos patientes mais il y en a beaucoup !
Venez aussi dans les chambres de la maternité à l’heure des repas, vous sentirez l’odeur des plats traditionnels apportés par les familles et si vous avez de la chance vous entendrez peut-être une maman bercer son bébé au rythme d’une berceuse traditionnelle…
Mais il est temps de vous ramener à la réalité de notre travail à JV qui dépasse très largement le cadre de la consultation transculturelle du mardi matin. Disons simplement que la mise en place de cette consultation a certainement permis de sensibiliser l’ensemble du personnel de la maternité à la prise en charge spécifique des migrants. Nous assurons Natascia Serbandini et moi une présence quotidienne à la maternité et nous prenons en charge aussi bien les femmes enceintes que les femmes en suites de couches qui se trouvent en difficulté d’une part au moment où elles vont devenir mères et d’autre part parce qu’elles sont souvent isolées, dans une grande précarité, loin de leur famille, loin de leur pays d’origine et donc loin de leurs repères. Marie Rose parlera tout à l’heure plus précisément de ce que représente la maternité pour ces femmes.
Notre travail consiste donc à aller à la rencontre de ces femmes, de ces parents qui nous paraissent si différents pour essayer de leur apporter un soutien dans ce moment clé de leur vie. Les collaborateurs de la consultation, Ameziane, Natascia, Judith, Catherine tous psychologues, Valérie la sage-femme et aussi Lucie vous expliqueront comment les aborder en fonction de leurs différentes cultures et nous avons choisi volontairement de vous parler des cultures que nous rencontrons au quotidien dans notre pratique…
Personnellement et sans être trop longue, je n’ai qu’un seul message à vous faire passer c’est qu’il suffit d’en avoir envie d’avoir la curiosité, la passion de la rencontre avec l’autre si différent et pourtant si proche.
Envie de dépasser la barrière de la langue sans se contenter d’un rapide « elle ne comprend pas ». Ce n’est pas si difficile et le recours à ISM est précieux. Vous n’imaginez pas l’effet quasi-magique que cela peut avoir sur une femme de simplement identifier sa langue… et ce n’est pas si compliqué ! « Comment un médecin blanc vous connaissez ces choses là ! »
Envie aussi de dépasser l’incompréhension qui peut venir de telle ou telle attitude, par exemple le refus d’une césarienne (histoire Sissoko).
Envie de partager aussi certaines pratiques, autour des protections à faire au bébé par exemple ou de l’alimentation (exemples).
Envie tout simplement de créer des liens… Et ici à ce moment de mon exposé j’ai envie de citer une phrase extraite du livre d’Eric Orsenna. « Voyage au pays du coton » Dans un tout autre contexte, j’ai été frappée par ce qu’il écrit :
« Pour comprendre les mondialisations celles d’hier et celle d’aujourd’hui rien ne vaut l’examen d’un morceau de tissu, sans doute parce qu’il n’est fait que de fils et de liens et des voyages de la navette ».
Parce que nous aussi quand nous parlons de notre travail nous parlons de fils, de liens de tissage qui passent tous par des allers et retours entre nos patients et nous, entre leur univers et le nôtre.
C’est à ces allers et retours que je vous convie maintenant en remerciant tous les intervenants pour la qualité de leur travail et non sans vous dire une dernière chose qui me tient vraiment à cœur. Je vous parlais de mon envie et de ma passion ; cette envie est entretenue au quotidien par la chaleur de ce que me renvoient toutes ces femmes, par « leur acharnement à vivre » Merci donc à Habibatou, à Havana, Chen, Salima, Marthe et toutes les autres sans qui rien ne pourrait se faire, qui nous ont fait confiance et avec qui nous avons tissé et souvent gardé des liens précieux.