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COLLOQUES
© aiep - 16 janvier 2007 - www.clinique-transculturelle.org
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Pour citer cet article :
Loubeyre JB. Le psychodrame en jeu. Bobigny : Association Internationale d'EthnoPsychanalyse ; 2007. Available from : http://www.clinique-transculturelle.org/AIEPcolloques_loubeyre_psychodrame.html
Le psychodrame en jeu
Jean-Baptiste LOUBEYRE
Pendant le colloque, nous avons joué. « Présenter » des communications ne rendait pas compte de la façon dont les diverses modalités du jeu s'actualisent dans le psychodrame. Tout un groupe de co-thérapeutes d'Avicenne est venu partager un jeu, avec des pions, des dés et des cartes. Un « jeu de l'oie » avec des cartes cliniques, des cartes théoriques qui permettent d'associer, et surtout des propositions de jeu, des scénarios. L'atelier s'est construit dans l'interaction de tous les participants.
Le jeu de l'oie, labyrinthe en spirale, rappelle le cheminement initiatique vers la connaissance. Pont, puits, prison, mort, figures mythologiques rencontrent les émergences fantasmatiques de nos patients.
Nous avons lancé les dés, compté les cases, avancé nos pions, nos oies, sans pouvoir tout explorer. Voici quelques cartes… il manque, bien sûr, l'épaisseur du jeu ce jour-là.
Départ Le psychodrame analytique est la fois un outil clinique et un objet théorique particulier. A la conversation ordinaire de la cure, on substitue un dispositif « extraordinaire », une mise en scène collective. De toute façon, comme dans une psychothérapie, il s'agit là aussi d'explorer avec le patient, ce qui, de sa surface psychique, se déploie dans le jeu.
Il y a un cadre, une scène, un dispositif qui est animé par un directeur, thérapeute principal et des co-thérapeutes, egos -auxiliaires, autour d'un patient.
Le moi auxiliaire est celui qui, par analogie avec le rôle de la mère durant les premiers mois de l'existence, contribue à faire découvrir au sujet, ses propres rôles, non pas en les mimant dans un effet de miroir, mais en les induisant par un jeu complémentaire.
Dans un espace psychique élargi, le psychodrame va permettre un redéploiement sur les objets externes des imagos internes et faciliter leur discrimination.
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Inhibition dans le jeu
Pierre illustre la « névrose du vide », à l'inhibition de la parole s'ajoute une inhibition globale touchant tout le comportement ; le sujet est figé dans une attente muette que ne traduisent souvent que le regard et la régularité aux séances.
L'imaginaire semblait faire défaut, aussi ce n'est qu'à travers des scènes de films, reproduites quasi à l'identique, que Pierre pouvait assister, dans une passivité exemplaire, à notre acharnement pour le faire participer activement. Empêché dans sa capacité de penser, Pierre semblait tout aussi empêché dans son corps : pris au milieu de nos déplacements, il ne pouvait que rester suspendu, immobile et hébété. Aucun de nos efforts imaginatifs ne semblait faire résonance chez lui ; aussi nos interventions dans le jeu tombaient à plat et ne produisaient aucun effet, si ce n'est la manifestation de sa part d'une incompréhension. Le retrait et la surprise semblaient être ses deux modes « d'être là » dans les scènes jouées...
Ensuite, Pierre mis en place une répétition, un jeu de décharge motrice ne laissant place à aucune élaboration, à aucun contenu, aucune représentation inconsciente pouvant faire valoir d'un conflit sous-jacent : le jeu du chat perché !
Quel pouvait être notre champ d'intervention dans de telles conditions ? Chaque tentative pour intégrer une histoire au jeu n'avait aux yeux de Pierre qu'un intérêt : faire perdre du temps. En tant que co-thérapeutes, nous étions pris dans le jeu sans possible distanciation, élaboration. Nous en tirions un plaisir, culpabilisant. En post-séance ? Une fatigue du corps et un vide associatif et idéatif, un sentiment de découragement.
Avec Pierre, nous étions bien en deçà d'un travail de transformation que permet la technique du psychodrame, nous étions totalement incapables de déployer quoi que ce soit face à la place centrale que prenait le corps. Pour Delaroche (1996), « le vide appelle le vide ». Or c'est à ce vide de signifiants, que seul langage peut apporter, que nous étions confrontés…
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Si la case 6 est libre, on y recule
Inhibition dans le jeu (suite)
Néanmoins, et de manière paradoxale pour nous, le psychiatre référent de Pierre trouvait qu'il allait mieux, notamment dans sa possibilité d'émettre l'envie de continuer le psychodrame. La sienne, celle de son pédopsychiatre ?
Ces éléments venaient raviver régulièrement nos hésitations sur la conduite à tenir. Fallait-il continuer le psychodrame avec ce patient ? Tous les arguments étaient avancés : « On ou ça ne sert à rien, il y en a 15 qui attendent pour une place au psychodrame, n'est-ce pas honteux de payer six personnes pour jouer à chat ? C'est n'importe quoi ce qu'on fait ». Pris dans l'ambivalence, nous pouvions nous réjouir quand Pierre n'avait pas mis un quart d'heure à choisir qui est le chat. Nous étions à la recherche de la moindre interprétation, du moindre mouvement pulsionnel (il y en a eu quelques-uns d'agressifs) dans un enjeu qui nous paraissait être la permanence de notre capacité à penser ce qui se jouait. Nos tergiversations, nos doutes et nos oppositions ont témoigné d'une externalisation de ses conflits internes. Probablement du fait de sa position, le thérapeute principal, lui, était beaucoup plus serein et dans la certitude que l'expérience du vécu du plaisir à jouer avec les adultes était thérapeutique pour Pierre. En effet, Pierre n'a pas réussi avec nous à passer du « game » au « play ». Pierre s'est mis à jouer, seul, chez lui, loin de notre regard, à l'écart du regard de ses parents
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Que faire d'un bâton jaune ?
Question posée aux participants. Et de deux ? et de trois ? et des objets au fond ?
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Félicien et le bâton jaune
Les bâtons jaunes ont une histoire dans le groupe. A l'origine, ce sont les montants de paravents qui ont été « déconstruits ». Il en reste des plaques légères et fragiles et des bâtons emboîtables, creux, en plastique jaune. Ils sont stockés derrière une armoire et depuis longtemps leur statut est indécis. Faut-il les jeter ? N'est-on pas obligé de les conserver car tous les enfants s'en sont servis à un moment ou à un autre ? De toute façon, ils posent, d'une façon pragmatique, la question théorique de la place des objets dans le psychodrame.
Félicien va progressivement explorer les profondeurs imaginaires de cet objet. Il va s'en servir pour figurer et contenir.
Il commence par tracer avec les bâtons les limites des camps dans les jeux de ballon qu'il institue. Des jeux d'élimination. Sa place plus assurée il passe à autre chose. Le bâton devient arme : fusil, épée. Et c'est bien l'épée qui nous inquiète habituellement, dans l'excitation du jeu, un coup qui dérape fait mal. Le combat à l'épée marque la tentation du passage à l'acte et intervient souvent dans le jeu comme expression d'une agressivité difficile à contenir. L'arme à feu - fusil, mitraillette, pistolet - toujours figurée par un bâton plus ou moins long, exprime d'abord une violence qui se répète sans élaboration, je te tue, tu revis, je te tue à nouveau sans fin… et pourtant même dans les séances du début, l'arme qui apparaît le plus est le fusil à pompe, détail fondamental car quand il arme son fusil et qu'il reproduit le bruit c'est lui qui se redresse. Je me remonte, je m'effondre, mais je finis par tenir droit. L'arme de toute-puissance va devenir insigne du pouvoir et marque du commandement.
Le bâton se transforme en outil de relation : flûte, appareil photo, longue-vue, cane. Puis, il devient élément organique à odeur et sexe qui arrose largement en se dédoublant.
Le bâton vient remplacer le ballon qui a disparu. Il transforme le jeu fluide avec le ballon en épreuve : il lance un bâton à chacun qui doit le rattraper.
Un début de séance se passe à construire une table en utilisant les bâtons et un élément de paravent. L'équilibre obtenu est fragile et instable. Les co-thérapeutes sont ce jour-là moins nombreux. « Allez-vous pouvoir me faire tenir alors qu'aujourd'hui vous êtes juste 4, comme ces piliers instables ? Sinon je vous tue ! » Félicien se construit un pistolet et reprend son bruit de fusil qu'on arme et qui fait qu'il se redresse. Il ne peut plus s'étayer sur le groupe de la même manière. Il matérialise la fragilité qu'il ressent dans cette construction prenante.
Le bâton est enfin paille à vampiriser. Quand sa victime résiste, renacle par exemple à revivre alors qu'elle a été bien tuée, il « enfonce » le bâton jaune dans le cœur ou le ventre et aspire avec une jubilation de vampire la vie qu'il suppose alimenter la résistance du thérapeute. Le bâton représente peut-être un cordon ombilical mortifère.
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Adoption
L'adoption induit une filiation purement psychique, faisant l'impasse des liens de sang. Elle est marquée par le clivage et les attaques portant sur le lien à l'autre, ainsi que des angoisses de perte.
Gaël est un jeune garçon en période de latence suivi au psychodrame depuis plus d'un an. Dans son histoire, il a vécu par deux fois un abandon réel. Placé en famille d'accueil, il a été adopté par celle-ci.
Quels sont les éléments, dans le dispositif psychodramatique, qui vont aider Gaël, à donner du sens à son vécu abandonnique ? L e psychodrame permet la reprise d'une fantasmatisation souvent figée chez les enfants adoptés. De plus, il sollicite le travail sur la question des origines, point particulièrement important chez ces enfants et pour Gaël. Le psychodrame lui a permis de rejouer ces éléments, notamment à travers une image originale qu'il a proposée lors de plusieurs séances (thème récurrent) : celle d'une « machine à produire des robots », sorte d'image maternelle face à laquelle le personnage joué par Gaël exprime un profond malaise. Cette représentation est également le reflet d'un clivage sous-jacent. Dans son récit, le but premier est de trouver cette machine, dans l'objectif à peine voilé de l'éliminer, mais une fois face à elle, il ne peut plus la détruire car elle est devenue utile. Machine à enfanter sans fin, froide et mécanique à la fois terrifiante et inatteignable, lui permettant très certainement de protéger une image idéalisée de sa mère originaire.
A travers le dispositif psychodramatique, l'enfant peut donc tenter de se réapproprier son histoire. Pour cela, on lui propose une maîtrise, qui le sécurise. Les récits de Gaël témoignent d'un recours constant à la toute-puissance et systématique, et ceci, dans un but de revalorisation narcissique. En effet, chez les enfants adoptés, les fantasmes masochiques d'abandon et de « mauvaiseté » se voient confirmés dans le réel par l'abandon effectif. D'ailleurs, ces enfants se situent eux-mêmes dans le registre du déchet et en éprouvent des affects de honte.
Pour Gaël, le recours à la toute-puissance permet alors de retrouver un rôle actif dans ses scénarios fantasmatiques, en opposition au vécu de passivité subi lors de l'abandon.
Lors d'une séance, Gaël met en scène une fugue : cette fois-ci, ce ne sont plus ni les parents biologiques qui décident de l'abandonner, ni le couple qui choisit de l'adopter, mais bien lui, Gaël, qui mène le jeu. Dans son récit, les parents doivent alors aller à la police pour le retrouver. On peut noter qu'à ce moment le personnage joué par Gaël se cache dans un trou (substitut de ventre maternel) pour disparaître : cela évoque la question du fantasme originaire de retour dans l'utérus maternel. Cette séance commencée dans la toute-puissance se termine sur un mode plus dépressif. Durant les trois séances suivantes, Gaël renforce ses défenses omnipotentes en mettant en scène un personnage de garçon très doué ; ceci se fait sur un mode agi, d'allure anti-dépressive et agressive (« Il va tous les éclater ! »).
Lors d'une autre séance, apparaît un personnage beaucoup plus passif, car il se fait kidnapper. Ceci constitue un travail psychique d'élaboration de l'abandon, de ce vécu violent inscrit dans sa psyché. Mais c'est aussi un compromis intéressant car, à la fois, il permet d'annuler l'abandon et de dédouaner ses parents biologiques. Pensons ici aux parents adoptifs, qui ont fréquemment ce fantasme d'avoir kidnappé l'enfant à ses parents biologiques.
Le setting propre au psychodrame psychanalytique individuel, par sa contenance et sa constance a permis à Gaël de proposer de nombreux scénarios fantasmatiques autour de son abandon et de son adoption. En effet, par son cadre spécifique, le psychodrame permet à l'enfant adopté de reprendre à sa guise et de réélaborer son histoire personnelle. Pour conclure, nous pouvons faire nôtre ces propos de Goutal-Valière (1995), le psychodrame peut se considérer « [ … ] comme un outil privilégié pour la réanimation de la vie fantasmatique et pour transformer l'interdit de penser/savoir en permission d'imaginer et d'apprendre. »
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Répétition
Jeux interminablement répétés de séance en séance, semaines, mois.…
Rien ne semble bouger, la maîtrise de la situation condense le transfert.
Moments où un enjeu psychique inconscient est ouvert, mis en jeu, comme une enchère ouverte, ou sur une table de jeu
Jeu exploration des situations subjectives, recréation de la subjectivité, invention d'une nouvelle forme de relation à soi, à l'autre.
Dernier jeu de Pierre-Mathieu :
.… Titeuf parie avec ses amis, il va pouvoir voler une sucette à la boulangerie, à l'insu de la boulangère et la rendre le lendemain. Le lendemain tout doit être gratuit, il va pouvoir prendre toutes les sucettes. Tout est pour lui, ce qu'on lui a donné repris, il peut le récupérer. Avidité, toute-puissance ?
Le jeu s'infléchit dans le jeu avec les thérapeutes. Il faut peut-être aider la boulangère et il se met à savoir faire comme un grand, le pain, les croissants. L'interprétation dans le jeu d'une thérapeute : « Il a pris la place du boulanger ». A l'avidité sans limite du nourrisson carencé se substitue un jeu oedipien et une érotisation des liens de bon aloi pour les thérapeutes qui après-coup associent autrement sur les sucettes gratuites de la boulangère.
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Objeu
L'objeu est la contraction des termes d' objet et de jeu. Cette expression fut créée par Francis Ponge puis reprise en compte par quelques analystes.
L'objeu est l'objet du jeu. L'objet avec lequel on joue au moment même où l'on joue. Objet pour penser, objet investi par la psyché pour y engager ses en-jeux
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La scène
La scène est faite par le regard qui est porté sur elle. Dans le psychodrame, la scène est faite par celui qui sort du jeu, par celui qui dirige et qui reste extérieur à ce qui se joue.
La scène n'est pas le cadre. On s'inscrit dans un cadre théorique et institutionnel qui offre un cadre matériel au psychodrame et le regard découpe la scène.
Il est parfois difficile de terminer une séance, de finir une scène, de reprendre le dispositif contenu dans le cadre, s'asseoir, reprendre en parlant une partie de ce qui a pu se passer. Le cadre a besoin d'avoir une épaisseur. Félicien le montre, la scène qu'il va jouer prend place dans un espace très bien délimité :
le couloir où il attend à distance de sa mère ;
la salle d'attente quand elle n'est pas là, où il commence à jouer ;
la salle de repos qu'il doit traverser pour accéder à la salle du psychodrame ;
la salle du psychodrame ;
la porte de sortie ;
le sas de la salle de repos ;
la porte du couloir.
Il change d'attitude, de prestance, de comportement dans ces espaces qui sont aussi des moments dans le processus. Il spatialise le cadre. Il doit se heurter physiquement au bord. Le thérapeute principal ne joue pas. Il est en dehors de la scène. Il accepte cette règle mais quand la scène est finie, il le force à le porter dehors, à marquer physiquement la fin de la scène et le bord du cadre.
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Le psychodrame de groupe d'enfants
Fonction libératrice ou pétrifiante du groupe.
Le psychodrame, c'est un jeu, mais quand les enfants ne savent pas jouer car ils n'ont guère d'espace intermédiaire, de médiation symbolique, de processus secondaire, de capacité à fantasmer, comment les aider ?
C'est bien de dire que le psychodrame est comme un rêve, ou comme une scène fantasmatique, mais comment y faire entrer certains enfants ?
Comment entrer dans le jeu pour les co-thérapeutes quand les enfants ne savent pas jouer ?
Différentes façons de ne pas savoir jouer :
Reproduire simplement des évènements de la réalité, sans réflexion ni recul ;
Reproduire les comportements interactifs habituels : par exemple le couple pulsion/répression ;
Ne pas avoir d'idées.
Peut-on sortir des projections qu'ils nous attribuent ? L'un des mérites du psychodrame est de libérer notre connaissance d'autrui des projections imaginaires que nous leur prêtons. Comment les y aider ? Et d'abord qu'est-ce que cela signifie de ne pas savoir jouer ? Etre à ce point prisonnier des imagos archaïques que le désir du sujet en est totalement occulté ?
Une vignette clinique : L'histoire des enfants dans l'autobus qui montent sans ticket. Les adultes sont la police et les enfants jouent leur rôle.
Intérêt de jouer la scène dans l'atelier ?
Il s'agit bien de pulsion/répression, mais dans quel but ?
Quel en est l'enjeu ?
Citation d'une phrase de G. Durand reprise par Wildlöcher dans son livre Le Psychodrame chez l'enfant » (1979 : 77).
« Les images que le drame anime sont toujours des images polémiques. Cet affrontement nécessite-t-il deux personnages seulement comme l'avancent certains ? Il y aurait d'un côté le sujet qui désire quelque chose et de l'autre le personnage incarnant la résistance à l'obtention de cet objet, qui peut d'ailleurs être l'objet lui-même. En réalité, entre le sujet du désir et la force qui entrave sa quête, existe toujours un troisième terme : l'objet même du désir. Cet objet peut se confondre avec l'un des personnages, avec l'un des éléments de la situation, il n'en est pas moins présent comme centre de référence des différents personnages, polarisant l'action. La situation dramatique n'est donc jamais duelle, elle s'édifie autour de trois pôles distincts, même s'ils peuvent converger dans certains rôles ».
Ce texte peut-il servir de grille de lecture pour le matériel du psychodrame, qu'il soit figé ou non ?
La question serait alors : mais où est le désir ?
Dans la scène précédente, la pulsion semble être l'omnipotence. Peut-on l'exprimer dans le jeu ?
Dans une discussion entre les policiers et le conducteur d'autobus par exemple ?
Les différentes techniques :
Le meneur de jeu inverse les rôles ;
Il peut introduire quelques corrections dans les rôles, soit en les adoucissant soit en les exacerbant pour mettre en scène l'omnipotence. Jusqu'où aller dans cette direction ?
Etre attentif à ne pas être toujours mis à la même place ; par exemple du père ou de la mère, ou même des typologies de caractère : celui qui blague ou celui qui comprend, ou celui qui punit. Etre capable nous-mêmes de jouer plusieurs rôles ;
Augmenter les discussions du post jeu en faisant parler le groupe sur les interprétations des uns et des autres.
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Question 1 : A quoi peuvent donc servir les différentes formes de l'humour en psychodrame ?
Décharger des affects pénibles ;
Solliciter les capacités créatives et la métaphorisation ;
Exprimer un contenu psychique inconscient ;
Partager un plaisir commun dans le groupe ;
Mettre en jeu un condensé d'images et d'idées ;
Maintenir la vitalité de tous.
Réponse : a,b,c,d,e,f
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Question 2 : Quel est le moyen permettant pour les thérapeutes, ou le patient, selon les cas, d'éviter le risque d'enlisement et d'épuisement lorsque Pierre rejoue à chaque séance le même personnage de « Titeuf » tout-puissant et égoïste, ou lorsque Sarah veut jouer pour la 9e séance consécutive Le Petit Chaperon rouge ?
De tenir face aux scènes de boucherie humaine avec Félicien ; lorsqu'il nous décapite, nous démembre, met en scène le cannibalisme, nous tond, nous fait peur par la violence des représentations ?
De proposer en temps réel une lecture nouvelle d'une situation générant l'ennui ou la sidération ; énième scène d'exécution sommaire savourée par Félicien devant cinq co-thérapeutes médusées et passifs ?
De créer des ruptures et des effets de surprise éclatants au moment où on s'y attend le moins. Félicien, faisant tournoyer au-dessus de sa tête son fameux sabre laser, nous tétanisait– on va encore se faire décapiter ! Félicien soudain heurte sa propre tête puis tombe de façon ridicule sur lui-même.
Réponse : l'humour
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Question 3 : Comment distinguer les fonctions du « mot d'esprit », du « comique » et de l' « humour » ?
Réponse :
Le « mot d'esprit » exprimerait un contenu psychique jusque-là inconscient, et par là, réaliserait l'épargne de l'énergie psychique qui aurait servi au maintien plus long de sa répression. Le rire témoigne de cette libération subite d'énergie.
Le « comique » mettrait simultanément en jeu un condensé d'images et d'idées, bien plus facilement qu'on ne le ferait verbalement. Il semble posséder les potentialités les plus riches dans le travail d'élaboration.
Enfin l'« humour », qui épargne les affects déplaisants auxquels donnerait lieu une situation pénible sans l'usage de l'humour. C'est une fonction défensive.
Cette distinction a été proposée ainsi par Freud en 1905.
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Censure
Nous allons tenter de montrer, à l'aide d'une vignette clinique, comment la dynamique de groupe et les interactions entre les co-thérapeutes peuvent influencer ce qui va se passer dans une scène de jeu.
Le jeune Clément décrit au thérapeute principal la scène suivante : un jeune garçon juif, lors de la Seconde Guerre mondiale, est poursuivi par des « Allemands » ; il va tenter de se cacher chez des gens qu'ils connaissaient au préalable. Ces derniers vont le dissimuler dans une sorte de coffre. Les Allemands arrivent, fouillent la maison et trouve ce jeune homme qu'ils décident alors d'exterminer. Telle était la scène énoncée.
L'ensemble des co-thérapeutes apparaît alors très tendu, notamment du fait des images d'horreur que cette scène produit.
Les rôles sont distribués par Clément et le jeu se développe alors.
Il sera très difficile à l'ensemble des thérapeutes et, de ce fait, à Clément de jouer cette scène. Les co-thérapeutes qui jouaient les Allemands tarderont, feront traîner le jeu comme s'ils leur étaient impossible de trouver cet enfant et de l'exécuter.
Lors de la discussion entre les thérapeutes, à la fin de la séance, plusieurs éléments pour comprendre cette « retenue » ont pu être évoqués. Outre, l'horreur, la violence de ce que cette scène racontait, il est apparu que les thérapeutes avaient été mis en difficulté du fait de la présence d'un thérapeute de confession juive.
Il faut d'ailleurs préciser que ce dernier n'avait pas été inclus par Clément dans la scène et se retrouvait donc en observateur du jeu. Cet élément peut être entendu comme le premier mouvement de protection de l'ensemble du groupe envers le thérapeute, comme s'il fallait qu'il ne soit pas exposé à cette scène.
On peut faire l'hypothèse que les co-thérapeutes, par la représentation qu'ils avaient de ce que la scène pouvait générer chez leur collègue, ont mis en place des stratégies dans le jeu pour protéger ce co-thérapeute.
Or, lors de la discussion, ce co-thérapeute n'a éprouvé à aucun moment de sentiment d'horreur, de mal-être. Est-ce en lien avec les mouvements de protection de l'ensemble du groupe (co-thérapeutes mais aussi l'adolescent) ? Inversement, est-ce que les représentations des thérapeutes sur ce que pouvait éprouver leur collègue observateur ont limité le jeu et la mise en scène de cette représentation de l'horreur et de la cruauté humaine ?
Ce regard extérieur, d'observateur considéré comme « non neutre », était-il un garde-fou même dans le monde du fantasme ?
Cependant, ces éléments semblent révéler une dynamique de groupe présente, efficiente et empathique.
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Vide
Dans le jeu une case était vide. Pas de prescription, pas de consigne. Que faire ?
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Comment finir ?
Jean a quinze ans, il est suivi au psychodrame depuis quatre ans. Initialement, il présentait un syndrome dépressif, dans un contexte de tensions familiales importantes. Il avait été opéré d'un processus néoplasique. Jean vit chez sa mère avec sa sœur âgée de dix-huit ans. La situation conjugale des parents paraît très compliquée, la séparation effective semblant déniée par Jean. Jean est en échec scolaire malgré de très bonnes capacités intellectuelles. Le tableau initial laissait prévoir une évolution rapidement favorable. Or, il a été très difficile au sein du psychodrame, de trouver un levier thérapeutique et d'imprimer des changements dans l'économie psychique malgré une bonne alliance apparente.
Schématiquement, on repère deux temps dans les mouvements de Jean dans et par le psychodrame. Ils s'articulent autour d'une scène « charnière ».
Jean présente des scènes familiales pratiquement toujours composées des mêmes personnages, mère, père et sœur, correspondant à sa famille réelle, le choix des thérapeutes pour jouer tel ou tel membre de la famille est assez fixe. Les personnages sont réunis autour d'un repas familial ou d'une situation de la vie quotidienne. Jean propose généralement une ébauche de scénario qui va s'organiser autour d'un conflit. En général, les scénarios sont prétextes à un des mouvements agressifs à l'encontre du personnage de sa mère, une mère dépressive, à bout. Ces échanges sont peu construits, assez rigides dans leur forme, répétitifs. Le père, figure « protégée », participe peu aux échanges, est souvent confiné au second plan, dans une position de passivité.
Finalement, Jean ne laisse pas la possibilité dans le jeu au conflit de se déployer. Le jeu demeure plaqué tant dans la construction des scénarios que dans la distribution des rôles, les scènes sont répétitives, souvent l'occasion d'une amorce de conflit avec sa sœur, redoublant le couple parental. Ces éléments indiquent la prégnance d'enjeux narcissiques sur les investissements objectaux. Jean manifeste une volonté de maîtrise du jeu, un besoin de sécurisation narcissique important avec le maintien à tout prix de l'image d'une famille unie.
Les conflits sont peu élaborés, les mouvements transférentiels intenses et figés, les personnages de ses parents, non incarnés, ne permettant pas la dynamique d'extériorisation fantasmatique du conflit et d'intériorisation secondaire telle que l'ont théorisée les fondateurs du psychodrame.
Jean illustre ainsi en partie une des limites du psychodrame qui réside selon Kestemberg (1987) en la capacité de certains adolescents à pervertir le fonctionnement du psychodrame lorsqu'ils parviennent à en figer le déroulement pour devancer toute surprise possible.
Devant ces résistances massives, le thérapeute principal a opté pour une plus grande directivité dans le jeu, en faisant rejouer les scènes :
Soit en intervertissant les personnages choisis par Jean : les parents jouant les enfants et vice-versa
Soit en faisant intervenir d'autres thérapeutes en remplacement des premiers, ou « en soutien », c'est-à-dire en leur indiquant une deuxième scène à jouer s'incluant dans la première. Dans une scène, les joueurs en partie dégagés de l'emprise de Jean sur le jeu, jouaient plus librement, pouvaient mieux incarner leur personnage et présenter ainsi des figures d'identification plus différenciées, plus « solides ».
Jean propose une scène où le père désire rendre visite à son cousin en province. Les enfants refusent d'aller chez des provinciaux qu'ils connaissent peu, ils craignent de s'ennuyer à la campagne. Le père, au contraire, a très envie de redécouvrir les lieux de ses grandes vacances, qu'il partageait avec son cousin. Les enfants n'en démordent pas, le conflit s'enlise, le dialogue est impossible. Le thérapeute principal décide d'envoyer deux thérapeutes jouer le cousin et sa femme. Cette scène se passe à l'extérieur du premier cercle. Le couple se distingue point par point de ce qu'imaginent les enfants. L'homme se remémore ses souvenirs d'enfant partagés avec son cousin, sorte de récit initiatique alors que sa femme organise au mieux leur séjour.
Cet échange banal, se déroulant dans un climat affectif chaleureux, a permis un décentrage du noyau familial en imprimant un mouvement vers un extérieur, sur des personnes liées à la famille par le père, d'ordinaire absent. Il a été l'occasion de la narration d'une histoire familiale, d' « épaissir » les personnages en les inscrivant dans une filiation, de présenter des figures paternelle et maternelle déplacées, différenciées, support d'étayage et d'identification, de sortir des scènes répétitives, de proposer à voir.
Aujourd'hui la fin du psychodrame est proche pour Jean qui est déjà suivi en thérapie individuelle depuis quelques semaines. On a l'impression que les scènes jouées sont plus riches, les conflits plus joués, les personnages moins englués. Le personnage du père est plus présent, ses défaillances font jour.
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Vignette
A peine rentré, Félicien s'assoit près du thérapeute principal…
A peine assis, Félicien se lève pour commencer le jeu auquel il prend tellement de plaisir. Il va chercher les bâtons… Ces terrifiants bâtons qu'il distribue à certains d'entre nous … Ces bâtons magiques qui se métamorphosent en armes meurtrières : l'épée qui décapite, qui ampute un doigt, un bras, une jambe… ou le pistolet qui troue, qui ouvre une béance dans le corps.
Tous les participants du psychodrame y passent, un par un… il suffit d'attendre son tour ! Alexandra est enceinte et j'ai peur pour elle.
Tantôt vampire, il fait semblant de sucer le sang de la nuque d'Alexandra… Tantôt cannibale… Crudité, dévoration sont les mots qui me viennent à l'esprit. Puis, il s'approche de moi et m'offre un thé. Qu'est-ce qui diffuse dans ce verre ?… Tantôt Dark Vador… Possédé, il prend sa voix rauque et son bâton devient sabre laser. Félicien me propose de nouveau un thé. C'est alors qu'en touchant ma main, son corps s'agite et tremble. Est-ce une transe ? Est-ce une électrocution ? Il tombe à terre… Il coupe la relation… Elle est trop effrayante !
Il se relève… c'est le feu… ça brûle… intervention des pompiers… en vain… c'est trop tard. Rien n'y fait pour ralentir le rythme de Félicien et, quelques secondes après, il devient Bruce Lee… Ça va trop vite pour moi… Je n'arrive plus à suivre… J'abandonne toute tentative de penser… Je ne peux plus… Je déconnecte… Tiens, la séance s'arrête !... C'est fini… Soulagement.
Félicien ne veut pas sortir, mais là, c'est le thérapeute principal qui prend la relève.
A une autre séance, je le vois s'asseoir à califourchon sur le dos d'un thérapeute à quatre pattes… Il l'attrape par les cheveux et lui ramène la tête en arrière… Je suis tétanisée… Que faut-il faire ?… Dois-je intervenir ou non ?… Finalement c'est un autre qui agira… C'est terminé… Soulagement.
Quelle violence pour moi d'assister passivement à toutes ces scènes, toujours aux premiers plans. Pourtant, Félicien me touche très rarement et ne me frappe jamais… Cependant, je reste témoin de l'expression de ses pulsions archaïques… Avec ce que montre Félicien, j'ai le sentiment bizarre d'être également le témoin de l'agressivité maternelle qu'il subit… Violence fondamentale que Félicien s'autorise à figurer dans le jeu, dans un lieu où elle est tolérée par tous… Le psychodrame permet la représentation des fantasmes et à Félicien de se reconstruire progressivement…
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Arrivée !!! Tous !
Bibliographie
Anzieu D. Le psychodrame analytique chez l'enfant et l'adolescent. Paris : P.U.F. ; 2000.
Baubet T, Lachal C, Ouss-Ryngaert L, Moro MR. (Eds) Bébés et traumas. Grenoble : La Pensée sauvage ; 2006.
Delaroche P. Le Psychodrame psychanalytique individuel. Paris : Payot ; 1996.
Freud S. Der Witz und seine Beziehung zum Unbewussten. Leipzig et Vienne : Deuticke II ; 1905.
Goutal-Valière H. Fantasme des origines et roman familial. Leur abord par le psychodrame avec des enfants adoptés. In : Delaroche P. Quand des psychanalystes jouent ensemble. Paris : Arcanes ; 1995. p. 165-9.
Kestemberg E, Jeammet P. Le psychodrame psychanalytique. Paris : P.U.F., Coll. « Que sais-je ? » ; 1987.
Widlöcher D. Le psychodrame chez l'enfant. Paris : P.U.F. ; 1979.
Résumé
Psychodrame en jeu
Le psychodrame analytique est la fois un outil clinique et un objet théorique particulier. A la conversation ordinaire de la cure, on substitue un dispositif « extraordinaire », une mise en scène collective. De toute façon, il s'agit là aussi d'explorer la surface psychique du patient qui se déploie dans le jeu. Le psychodrame, par son dispositif, interroge ce qu'est le jeu, le jeu « thérapeutique ». Pour tenter de rendre compte de la façon dont la polysémie du « jeu » s'actualise dans le psychodrame, nous allons jouer avec le cadre, le cadre de ce colloque. Nous n'allons pas laisser se succéder des communications plus ou moins bien contenues dans le temps imparti et des discussions toujours nécessairement écourtées. Nous allons considérer la salle comme un groupe et tenter de faire circuler les élaborations théoriques à partir du matériel clinique des groupes de psychodrame du service d'Avicenne : psychodrame analytique individuel d'enfant, d'adolescent, de groupe… Nous allons proposer : des vignettes, des notes cliniques, des ressentis contre-transférentiels, des usages d'objets que la créativité des enfants modèle dans le jeu, des règles de jeu, des propositions de jeu ou de mise en scène, des interprétations de scénarios, des perspectives théoriques à débattre, des citations, des concepts à déployer… Le tout sous la forme de petits textes écrits par le plus possible de co-thérapeutes, lus par eux, d'autres ou n'importe lesquels des participants de l'atelier.
Mots-clés : psychodrame analytique, jeu, groupe, cadre.
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